12 décembre 2025
L'aventure hippique de Mézières-en-Brenne
Qui sait que « LʼHippodrome » est le nom attribué à une propriété entre Mézières et Saint-Michel-en-Brenne ? Cette appellation rappelle sans doute « les solennités hippiques », selon l’expression de Gérard Coulon qui sʼy déroulèrent au milieu du XIXe siècle.
Tout commence par un dimanche de 1844, à l’instigation d’Henri Navelet, maire de Mézières-en-Brenne et conseiller général du canton entre 1833 et 1870, et du comte de Lancosme-Brèves, brillant cavalier, « savant au manège ». Tous deux lancent le Cercle hippique de Mézières avec leurs amis, propriétaires terriens, sur lesquels s’élèvera bientôt le champ de course. En peu de temps, le Cercle hippique de Mézières accueille toute l’élite de l’Indre dont le duc de Valençay, le marquis de Barbançois, le comte de Poix, le préfet de l’Indre, le maire de Châteauroux Eugène Grillon, et surtout, surtout, George Sand dont la gloire est telle que seul figure son nom sur la liste des membres de 1846 ! Car si les fondateurs du Cercle hippique de Mézières ont la volonté de promouvoir la race locale, le petit cheval brennou, ils ambitionnent surtout de rivaliser avec le derby dʼEpsom en Angleterre… La piste du champ de courses au coeur de la Brenne, réputée excellente, est aussi vaste que celle du Champ de Mars à Paris et on y compte jusquʼà 11 000 spectateurs. Bref, la Brenne est en passe de devenir « fashionable ».
Pour lancer les courses, les fondateurs comptent sur « l’influenceuse » George Sand, mission qu’elle remplit en 1846 en publiant Les courses de Mézières-en-Brenne, un manuscrit d’une vingtaine de pages. C’est l’année de l’apothéose : l’article paraîtra presque simultanément dans L'Éclaireur de l'Indre du 4 juillet et Le Constitutionnel (sous la rubrique « Journal d'agriculture ») du 6 juillet 1846, avec quelques variantes, sous le titre « Le Cercle hippique de Mézières-en-Brenne par un habitant de la Vallée Noire ». La Bonne Dame de Nohant décrit par ailleurs la campagne brennouse comme « un plateau uni, triste, malsain et pauvre ». Mais la notoriété des courses permettrait le développement des voies de communication pour l’Indre et la Brenne. Pour accueillir au mieux les visiteurs, on projette la construction de l’Hôtel du Cercle hippique rue de la Lanterne à Mézières-en-Brenne. Mais les émeutes de la faim en 1847 conduisent au report des courses en septembre, tandis que les années 1848 et 1849, trop agitées, voient les courses annulées. Certes 1850 est une très belle année, cependant le glas semble sonner : les années suivantes marquent le pas, par une désaffection populaire. Les courses hippiques de Mézières-en-Brenne s’achèvent en 1857 dans la quasi-indifférence.