19 décembre 2025
Les Beaux-Arts d’Issoudun
Cette affiche illustrée et signée par le sculpteur Ernest Nivet (1871-1948) annonce officiellement que l’exposition régionale des Beaux-Arts se déroulera du 30 juin au 7 juillet 1929 à Issoudun et sera organisée par la commission du musée d’Issoudun. Le conservateur du musée est alors Joseph Doucet et le président de cette commission Henri Mérillac, maire d’Issoudun. Cependant, c’est son vice-président, Georges Guillaume, pharmacien, qui est en charge du vernissage de l’exposition, de l’accueil de son invité d’honneur Hugues Lapaire, romancier et critique littéraire berrichon ainsi que des convives. On compte parmi eux Mlle Sassier, artiste peintre, Émile Vinchon, poète, et bien entendu Ernest Nivet.
Cette manifestation culturelle s’insère dans un contexte estival riche en évènements pour les Issoldunois. En effet, elle débute au dernier jour des fêtes de la Saint-Jean couronné par un grand festival de musique et se termine aux premiers jours du concours agricole (concours spécial de la Race Ovine Berrichonne de l’Indre) organisé par l’Association des éleveurs, des agriculteurs et des viticulteurs de l’Indre du 5 au 7 juillet. La cité d’Issoudun est donc en effervescence au moment de l’exposition.
Ce grand évènement a lieu dans le collège d’Issoudun dont l’entrée est ornée de drapeaux et de décorations pour l’occasion. La visite est fixée à 2 francs par personne et est ouverte en semaine de 13h à 19h30. Le parcours de l’exposition suit une enfilade de salles thématiques (six sections), comme la salle de la mégisserie et maroquinerie ou encore celle des arts rétrospectifs. La mégisserie est profondément ancrée dans le développement industriel de la cité : la ville compte pas moins d’une cinquantaine d’ateliers. Cette salle dévoile un panorama des variétés de peaux qui se fabriquent à Issoudun. Par exemple, la mégisserie Léon Lamalle, particulièrement spécialisée dans le tannage des reptiles de toutes sortes, présente des serpents et des crocodiles qui font forte impression sur les visiteurs. Les parchemins de toutes couleurs de la maison Louis Pagot sont également l’objet de l’attention de toute l’assistance. Et bien sûr, le clou du spectacle, l’exposition d’animaux naturalisés captive et effraye à la fois les spectateurs, semblant d’un coup s’être perdus dans un cabinet de curiosités. Quant à la galerie des arts rétrospectifs, où sont exposées des œuvres prêtées par des collectionneurs locaux comme Maurice Brimbal, directeur du cabaret du Pierrot-Noir à Châteauroux, elle met à l’honneur des artistes berrichons comme les peintres issoldunois Paterne Berrichon (1855-1922) et Auguste Borget (1808-1877). Bien entendu, des peintres contemporains (Eugène Charasson, Maurice-Albert Chénechot, André des Gachons, Paul Rue, Naudin…), sculpteurs, photographes et autres artistes exposent également leurs œuvres tout au long de cette exposition, qui aurait accueilli 1200 personnes dès la première journée, un véritable succès !
Ernest Nivet, le sculpteur vedette de l’évènement, présente ses célèbres sculptures : le Berger couché, la Femme tricotant placée à l’entrée de l’exposition, les Ravaudeuses, la Femme cousant, le Bricolin, le buste du Père Chevalier (personnage apparaissant précédemment dans l’article du 8 décembre) et la Tricoteuse assise. Un dessin, le Laboureur, et une peinture, la Cueillette des Pommes, complètent cette collection. Une autre de ses œuvres est l’illustration de l’affiche représentant une femme paysanne portant un enfant dans ses bras, debout devant une barrière en bois derrière laquelle est à peine esquissé un paysage évoquant la campagne berrichonne. L’artiste met souvent en avant les figures rurales du Berry, modestes et dignes. Le sujet rappelle plusieurs figures féminines que Nivet a sculptées ou dessinées à partir des années 1910-1930, telles que la Maternité paysanne (représentant une femme tenant son enfant, symbole de la mère courage du Berry) ou encore la Paysanne à l’enfant. Il s’agit donc d’un dessin original d’Ernest Nivet réalisé spécialement pour l’affiche et probablement commandé par la commission du musée d’Issoudun, qui a su positionner stratégiquement son exposition entre deux grandes manifestations issoldunoises, attirant ainsi la foule et posant un solide socle culturel à la ville. Esprit culturel gentiment plaisanté par l’invité d’honneur, Hugues Lapaire, lors de son discours inaugural, se souvenant d’être venu à Issoudun quelques années auparavant lors d’une représentation théâtrale et s’être retrouvé seul face à cinq spectateurs parmi lesquels Joseph Pierre, président de l’Académie du Centre, et Eugène Hubert, directeur des Archives départementales de l’Indre, venus le saluer à nouveau lors du vernissage de l’exposition.