Les archives s'affichent
Une nouveauté chaque jour
Pour finir cette année 2025 ensemble, découvrez jour après jour jusqu'au 24 décembre une sélection d’affiches proposée par les Archives départementales de l’Indre.
Le dictionnaire Larousse (édition 2010) définit une affiche comme étant une « feuille imprimée souvent illustrée portant un avis officiel, publicitaire, etc., placardée dans un lieu public ».
Une affiche est donc un document contenant une information destinée à être connue du plus grand nombre. C’est pourquoi elle est placardée dans la rue ou un espace public. Elle ne doit pas être confondue avec un poster. Ce dernier est un document illustré ou une photographie tirée au format d’une affiche destiné exclusivement à des fins décoratives et placé dans un lieu privé.
À l’époque médiévale, la diffusion des annonces et avis circulait par la voix des crieurs publics. L’invention de l’imprimerie vers 1450 par Gutenberg permet le développement de multiples supports écrits (livres, placards). Les premières affiches concernent essentiellement les activités livresques et éditoriales. À partir du XVIe siècle, elles se diversifient et proviennent soit des autorités officielles soit de particuliers.
Les affiches officielles informent sur les nouveaux décrets et lois. Ce sont des documents essentiellement textuels excepté ceux destinés au recrutement de l’armée, souvent ornés de motifs afin d’être plus attrayants. L’Église publie également des affiches annonçant entre autres des indulgences.
À côté de cet affichage officiel, il existe des affiches provenant de personnes privées. Par exemple, les annonces légales et financières (ventes publiques de biens immobiliers, de marchandises) ou encore les avis de soutenance de thèse des docteurs au XVIIe et XVIIIe siècles. Ces derniers sont illustrés par des artistes de talent tels que Philippe de Champaigne. Les spectacles sont également grands pourvoyeurs d’affiches. Leur couleur renseigne sur l’institution qui les produit à Paris. Par exemple, le rouge pour l’Hôtel de Bourgogne, le vert pour l’Hôtel de la Mazarine ou le jaune pour l’opéra. Enfin, nombreuses sont les affiches commerciales.
L’affiche se veut également politique comme dans « l’Affaire des Placards » lors de laquelle des textes anticatholiques sont affichés dans les rues de Paris et de plusieurs villes de province dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534. Cet événement marque la première manifestation d’hostilité entre protestants et catholiques. À la fin du XVIIIe siècle, les assemblées, clubs et comités révolutionnaires utilisent largement les affiches pour promouvoir leurs idées et la nouvelle législation.
Cependant, la prolifération des affiches en cette fin du XVIIIe siècle reste limitée du fait de son coût de fabrication élevé. En effet, celles-ci sont produites au moyen des gravures sur bois ou cuivre. Ce qui ne permet pas d’imprimer des affiches de dimensions importantes. L’invention de la lithographie en 1798 par Aloys Senefelder révolutionne le monde de l’affiche. La plaque de bois ou de cuivre est remplacée par une pierre, ce qui fait baisser les coûts de production. Cette invention est suivie par celle de la chromolithographie permettant une impression en couleur. Dans les années 1830, les premiers à utiliser les affiches en couleur sont les libraires et éditeurs afin de promouvoir leurs livres illustrés en faisant appel à des artistes comme le peintre Géricault. Les commerçants commencent à exploiter également les affiches pour faire leur publicité, mais celles-ci sont souvent dessinées par des illustrateurs de moindre talent.
C’est avec l’arrivée de Jules Chéret (1836-1932), lithographe et père de l’affiche publicitaire, que celle-ci acquiert une qualité artistique à partir des années 1860. Il utilise abondamment des figures féminines appelées les « chérettes » pour vendre les produits promus par ses affiches. À sa suite, d’autres artistes renommés prennent le relais tels Eugène Grasset, Henri de Toulouse-Lautrec, Alfons Mucha, Leonetto Cappiello… Les affiches ne sont plus simplement informatives, elles deviennent également séduisantes. Leur âge d’or est atteint dans les années 1880-1914, profitant de la liberté d’affichage permise par la loi du 29 juillet 1881.
Ainsi dans les villes fleurit une multitude d’affiches. Elles recouvrent les façades des monuments, des habitations et forment un véritable papier peint sur les murs. Pour les contenir, des espaces spécifiques sont créés : par exemple, les colonnes Morris sont inventées à Paris pour recevoir les programmes de théâtre en 1868, mais cette prolifération d’affiches déplaît à certains. Charles Baudelaire parle dans son journal intime « d’intense nausée ». Charles Garnier désapprouve aussi le collage des affiches sur les monuments parisiens, notamment sur les murs de son opéra. En 1910, une loi interdit l’affichage sur les monuments historiques et classés.
Néanmoins, il existe un véritable engouement pour les affiches illustrées. Ce phénomène est appelé l’affichomanie. Celle-ci consiste à collectionner les affiches produites par de grands artistes. Pour cela, les affichomaniaques les collectent soit directement dans la rue juste après qu’elles aient été posées, soit chez l’imprimeur. Cette mode a permis d’en sauvegarder un grand nombre jusqu’à nos jours puisque les affiches collées dans l’espace public ont une durée de vie très courte en raison de leur dégradation par les éléments naturels.
Pendant la Première Guerre mondiale, l’affiche joue un rôle de premier plan dans la propagande. Il en existe trois catégories. La première consiste à susciter l’indignation du public en relatant les atrocités de l’ennemi, vraies ou supposées. La deuxième regroupe les affiches qui incitent la population à contribuer à l’effort de guerre par l’emprunt (« Pour la France versez votre or. L’or combat pour la victoire » d’Abel Faivre). Enfin, la dernière catégorie incite les civils à s’engager dans l’armée (« I want you for U.S Army » de l’oncle Sam, un doigt pointé vers le spectateur).
Dans l’entre-deux-guerres, l’affiche perd en qualité artistique ; c’est la fin de l’équilibre entre l’esthétisme et l’information au profit de cette dernière. Influencée par le cubisme, puis par le Bauhaus, les artistes privilégient une grande lisibilité de l’affiche par des formes simples. La typographie l’emporte sur l’image. Des artistes tels que Cassandre, Loupot, Jean Carlu et Paul Colin représentent cette tendance.
Après 1945, la reconstruction du pays aidée par le plan Marshall et le plein emploi font advenir la société de consommation. La publicité doit non seulement répondre aux besoins de la population mais également en susciter de nouveaux. L’utilisation de l’humour dans les affiches répond à cette nécessité. En France, le principal représentant de cette tendance est Raymond Savignac notamment avec son affiche de la vache Monsavon. Dans les années 1950-1960, la technique de la lithographie est abandonnée au profit de celle de l’offset, permettant de gagner en rapidité, mais elle n’atteint pas la même qualité d’impression notamment concernant les couleurs. Les gravures et dessins sont également de plus en plus remplacés par des photographies.
Aujourd’hui l’affiche ne représente plus le principal mode de promotion. Elle a perdu de son importance au profit des publicités diffusées à la radio, à la télévision ou sur internet.
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